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Bérénice d’après Bérénice de Racine est la troisième pièce du Théâtre Permanent. Elle a été créée au cours des mois d’avril et mai et sera présentée du 1er au 24 des mois de juin et juillet dans le petit espace des Laboratoires puis sur l’esplanade.

Note d'intention - Gwénaël Morin

Il y a une tragédie plus grande que celle de l’amour empêché, la tragédie de l’amour qui s’achève. Titus a aimé mais n’aime plus Bérénice, ils vont devoir se séparer. Ce n’est pas un renoncement, ce n’est pas une décision, c’est un arrêt. Je ne t’aime plus, affirmation définitive, sans appel. Elle aurait été la sentence d’un dieu si Bérénice avait été un personnage de Sophocle. Je ne t’aime plus, c’est un fait, c’est comme ça, c’est tragique, c’est fini. Quoi dire et que faire? Rien, plus rien, «hélas» et silence. Pourtant Bérénice déchue n’accepte pas et impuissante la voilà maintenant qui parle et tombe et qui dans sa chute entraîne Titus et l’autre (Antiochus) et nous. Et tous avec elle, éperdument, d’aussi haut qu’elle aime encore Titus, nous chutons ensemble dans la parole. Je veux lire Bérénice comme une tragédie de la parole. Une fois le lien rompu, l’amour aboli, «Parler» ne peut plus rien. Titus invoquera les plus hautes raisons, Bérénice nous infligera la plus sublime poésie, en vain, la parole s’épuise jusqu’à extinction contre l’inexplicable, l’injustifiable, l’inacceptable amour mort.
Je veux faire Bérénice d’après Bérénice de Racine pour dire et montrer comment la parole sépare. Là où l’amour, dans la passion, voudrait abolir le monde qui sépare les amants, la parole le rétablit inexorablement comme condition même de sa manifestation. Là où l’amour voudrait fondre et unir les amants, la parole coupe, sépare, éloigne, creuse l’espace, réhabilite le monde. Bérénice fait l’expérience déchirante de cette contradiction tragique: voulant retenir Titus elle le perd, entre Titus et elle règnent désormais les mots, le langage, le monde, les hommes. L’amour chassé va mourir.
Je veux, par le biais des protagonistes de la pièce de Racine, mettre en scène une lutte à mort entre l’amour et la parole.

Mai 2008.


Bérénice discussion collective
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Bérénice questions aux acteurs
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